D’aussi loin que remonte m’a mémoire, j’ai toujours aimé voyager, je travaillais le temps d’avoir assez d’argent afin de satisfaire ce besoin. C’est donc tout naturellement qu’un jour j’ai de nouveau quitté mon travail ici à Taïwan afin de venir en France. Mon niveau en langue française était alors tout juste celui du « be pe me fe ». Je savais donc que j’allais rencontrer beaucoup de difficultés. Mais heureusement pour moi, j’ai rencontré une Taïwanaise qui vivait déjà ici avec un Français et qui m’a beaucoup aidé dans toutes les démarches les plus dures. Je ne l’ai jamais oublié et ne l’oublierai jamais, je la remercie encore tous les jours de son aide et de sa gentillesse.

Grâce à elle, à son aide et son écoute j’ai été un peu moins choquée et blessée par la culture et les réactions des français bien différentes de celles des Taïwanais. J’ai tout de même été choquée plus d’une fois par certaines choses et j’espère qu’un jour, je pourrais vous en dire un peu plus à ce propos. Mais pour l’instant, je vais me contenter de vous parler de ma rencontre avec Papa Ours 🙂

Après le premier choc de la découverte d’une culture qui me semblait égoïste, individualiste et raciste. La préfecture ne cherchant jamais à vous aider, mais juste à vous embêter le plus possible, une famille au pair qui vous traite mal, qui ne cherche en aucun cas à vous aider mais juste à tirer avantage de votre situation, une vraie difficulté pour pouvoir trouver une simple location pour se loger, la rencontre de mauvais propriétaires toujours près à exploiter les autres. Il me restait juste l’espoir de réussir mon master et de retourner à Taïwan pour ne plus jamais revenir dans ce pays où les apparences étaient bien trompeuses et la sincérité des gens bien souvent fausses.

Finalement, le jour que j’attendais tant est arrivé, j’allais enfin pouvoir rentrer à Taïwan avec mon Master 2 en poche. Comme je devais passer par Paris pour me rendre à l’aéroport, j’ai pensé faire un dernier coucou à mes ami(e)s qui s’y trouvaient et qui m’avaient présenté un français « Bouba » avec qui j’avais déjà communiqué sur internet via MSN et qui m’avait aidé lors de mes études sans l’avoir jamais rencontré. Je proposais donc à mes amis de l’inviter afin de manger tous ensemble et d’en profiter pour se voir, sans aucune autres pensées de ma part. Mais le hasard de la vie a ceci de magique, c’est presque toujours lorsque l’on espère ou que l’on n’attend plus rien, toujours lorsque l’on s’y attend le moins, que l’on a renoncé, que la vie et ses facéties viennent casser tous vos plans, vos prévisions, et chambouler votre vie.

Je me souviens avoir commandé une soupe de nouilles et comme j’avais très faim dès que le plat est arrivé sur la table, je n’ai plus que vu et penser qu’à ma nourriture en oubliant complétement que je n’étais pas seule et qu’il y avait une personne avec moi que je rencontrais en vrai pour la première fois. Je ne pouvais pas alors imaginer que le coté naturel avec laquelle je m’étais jeté sur mon plat allais déclencher de l’intérêt dans les yeux de Bouba qui avait plus l’habitude de voir des filles manger chichement en faisant attention à leur ligne ou à leur tenues. C’est bien entendu un secret que me révèlera « Papa Ours » plus tard et qui me fit rougir lorsqu’il me raconta sa perception de notre première rencontre. Ce soir-là, Bouba a voulu payer pour moi. Pour notre première rencontre, et sachant qu’on ne se reverrait pas, cela m’a surprise et réchauffé le cœur. Je ne m’attendais pas à cela de la part d’un Français. De plus mes ami(e)s m’avaient dit que Bouba était une personne très timide on ne pouvait donc pas non plus imaginer qu’il proposerait à mes ami(e)s de se revoir tous ensemble dès le lendemain. Pourquoi pas après tout car je devais rester encore un jour sur Paris avant de prendre mon avion. Le lendemain soir « Papa Ours » me fit une immense surprise en arrivant avec un très joli bouquet de roses ainsi que du chocolat aux pétales de rose et une guitare avec lui pour me chanter quelques airs de la France. Tout ceci me fit sentir que j’étais « spéciale » et à quel point le romantisme français pouvait être juste. Je me sentis presque aussitôt triste et me demandais pourquoi juste au moment où j’avais décidé de quitter ce pays pour de bon, pourquoi lorsque je retournais enfin à Taïwan je faisais une telle rencontre. Je me dis qu’il ne fallait pas que je m’emballe et laisser tomber, ne plus penser à cela, profiter de la soirée et de son cote « magique » car demain je prendrai l’avion et tout serait fini.

Un jour que je demandais à « Papa Ours » pourquoi alors qu’on m’avait dit qu’il était très timide avait-il eut le courage de proposer que l’on se revoie ce premier soir et être venu avec sa guitare pour chanter tout seul devant moi. Il me répondit que même si avec l’âge le cœur est moins « souple » et les dégâts sur l’ego plus importants, il avait juste senti que s’il ne trouvait pas le courage de faire cela il risquait de le regretter toute sa vie…

« Papa Ours », je voudrais remercier ton courage… Grâce à toi, je suis heureuse aujourd’hui.